SCIENCES IRRESPONSABLES
Dans son dernier numéro spécial, le magazine "La recherche" propose une thématique sur ce qu'il nomme les "sciences à risque". Sont donc passés au crible, les nanotechnologies, les OGM, les virus informatiques, le nucléaire, etc...
Intéréssons nous à ce qui semble au premier abord une louable initiative d'auto-critique pour des domaines de recherche, en plein développement depuis quelques années, et soumis à d'importantes controverses.
Prenons une interview (page 86) de Mr Philippe Jamet, directeur général de l'IRSN (L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire ) dont le gros titre pose, à mon avis, un petit problème : "La sûreté nucléaire devra être mondiale". Certes, voilà qui semble un message fort pour les lecteurs lambdas que nous sommes. N'oublions pas que "La recherche" est un magazine de vulgarisation, donc censé s'adresser au grand public, même si sa particularité est d'exiger, vu la teneur de certains textes, un minimum de culture scientifique.
Alors, elle devra être mondiale cette sécurité. Ce qui sous-entend qu'il existerait de graves négligences concernant la sécurité de nos chères centrales, sans qui, il faut bien le dire, vous ne pourriez lire ce que j'écris à l'instant. Du moins, c'est ce qui nous est répété depuis que nous sommes hauts comme trois pommes (Le nucléaire ou la bougie).
L'interviewer demande d'abord à Mr Jamet, de dresser le scénario type d'une catastrophe nucléaire. Celui-ci s'y plie cérémonieusement, mais il faut quand même une troisième question insistante (Et si -ce que vous venez de proposer- se passe mal ?) pour qu'il consente enfin à admettre la possibilité d'une catastrophe irréversible (le fameux syndrome chinois).
Et reviennent sur le terrain les sempiternels accidents de Three Miles Island et de .. Tchernobyl. Le lien ci-contre http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_accidents_nucl%C3%A9aires vous renverra à d'autres "incidents mineurs".
Avant de poursuive plus avant, signalons qu'un accident grave de centrale nucléaire est toujours dû au fait que, pour diverses raisons, le coeur du réacteur n'est plus refroidi convenablement. Dans le pire des cas (Et Tchernobyl n'est pas celui-là !), le coeur fond, traverse la cuve et le béton en sous-sol, s'enfonce dans la terre et ressort aux antipodes (syndrome chinois) tandis que l'enceinte fissurée par la pression laisse échapper les substances radioactives.
Rappelons l'accident de Three Miles Island. Les principales pompes à eau du système de refroidissement tombent en panne entraînant toute une série de conséquences graves et générant une panique dans la salle de contrôle (un opérateur arrêta par erreur le circuit d'injection de sécurité et on découvrit qu'une vanne qui permettait la mise en action du systeme de refroidissement de secours n'avait pas été réouverte à la suite d'un test, etc...).
Le résultat direct fut la fonte de 50% du réacteur dont 20% qui avaient coulé au fond de la cuve qui a résisté !
Pour un plus grand approfondissement technique voir ici :
http://www.dissident-media.org/infonucleaire/tmi.html
On omet plus souvent d'évoquer que dans les quatre mois qui suivirent, un taux anormalement élevé de nouveaux-nés de Pennsylvanie et du Nord-Est des USA moururent suite à des déficiences respiratoires. Source :
http://www.dissident-media.org/infonucleaire/tmi_enfant.html
Après cela, toute personne saine de corps et d'esprit est prête à envisager une remise en question du principe de l'énergie nucléaire. Mais pas Mr Jamet qui estime qu'il s'agit là d'une "révolution" dans la façon d'envisager la sûreté nucléaire. Selon lui, TMI a permis de comprendre qu'un accident nucléaire grave (appréciez l'absurdité ) pouvait résulter d'un enchaînement de faits banals. Eh ben on s'en serait pas douté hein madame Michu ?
Et tout le reste de l'interview transpire cette recherche obsessionnelle de l'ultrasécurité (remise en question dans l'article précédent !!) au détriment d'une étude sur la décroissance de l'utilisation de l'énergie nucléaire.
Comme tout bon militant pro-nucléaire, Mr Jamet nous pointe l'ennemi : les réacteurs obsolètes de Tchernobyl associés à un système politique en fin de course, se gargarisant, au passage, de l'évolution de l'occident en comparaison des pays en voie de développement, à qui il faudra inculquer quelques petites leçons de stratégie sécuritaire.
Au passage, quand même, cette anecdote amusante suite à l'explosion de Challenger où des groupes de pression avaient ordonnés à la navette de décoller malgré les risques : "Il y a pour nous un risque similaire qui émerge dans le nucléaire avec l'ouverture à la concurrence des marchés de l'énergie. Le danger est que le souci de productivité des nouveaux opérateurs ne conduise à ce genre de décision." La messe est dite. Après moi le déluge.
Tous les articles de ce magazine (et ne croyez pas que Science et Vie ou Sciences et Avenir soient épargnés) laissent développer ce sous-texte nauséabond. Tel cet entretien avec Mr Antoine Messéan sur la coexistence des OGM et des productions conventionnelles. Rien que là on est loin des préoccupations de José Bové. Le discours de Mr Mésséan, ingénieur agronome à l'INRA, reste très ambigu puisqu'il souligne la valeur médiocre des essais en champ concernant la dispersion du pollen transgénique en stipulant de travailler plutôt sur la modélisation numérique. Le problème de l'existence de ces organismes dans notre système marchand ne paraît pas lui causer beaucoup de soucis, soulignant quand même à la fin que le débat sur les OGM se situe ailleurs que sur les politiques d'aménagement.
L'article sur le brevetage du vivant semble faire preuve de moins de pusillanimité puisque les auteurs proposent que le brevetage soit l'apanage des institutions étatiques, considérant les gênes comme un bien commun de la recherche et de la santé publique. Mais il aurait fallu un article plus long, dense et complet (là ils se sont axés sur le gêne BCRA, responsable de cancers du sein et détenu par une société américaine privée) puisque le brevetage concerne aussi les autres formes du vivant (plantes et animaux).
Quant à l'article sur la protection des grands réseaux vitaux, il est plutôt amusant (ou désespérant c'est selon) . Citant ainsi les deux exemples emblématiques de l'ouragan Katrina et du Black-out électrique de 2003 aus USA, comme extrêmement complexes à gérer après coup, on se demande pourquoi l'auteur zappe ce que tout le monde sait. A savoir l'ouragan aurait-il causé tant de dégâts humains (et même matériels) si le renforcement des digues avait eu lieu comme prévu ( 14 milliards de dollars investis en Irak sans doute) et le black out aurait-il eu lieu si l'Amérique n'avait pas tant dérégulé le marché de l'électricité ?
Pour terminer, il est encore une fois important de souligner que, plus que jamais, le citoyen se doit d'intervenir dans ces domaines dont l'importance va aller s'accroissant. Car, si quelques scientifiques savent encore résister au discours techno-ambients, beaucoup par idéologie scientiste ou par intérêt abdiquent de fait et servent les grands groupes privés dont la rapacité pour s'approprier ce qui est un tant soit peu porteur sur le marché n'est plus à démontrer.
Voici quelques sites "combattants" :
http://www.sortirdunucleaire.org/

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