RENAISSANCE

 

Mon amour immodéré pour le cinéma d'animation me fait courir dans les salles pour quasiment tout ce qui touche de près ou de loin à quelques coups de crayon (numérisés ou non) lacèrant la toile blanche de la grande (ou petite) salle. Mais j'exagère un tantinet car il faut reconnaître que j'essaye en général d'éviter les DA trop estampillés "pour les petits" (bisounours et cie) et que j'avoue une réelle aversion pour tout ce qui dégouline de bons sentiments (le terrifiant "Roi Lion") ou d'humour soi disant subversif ( "Shrek" par exemple).

Le récent "Renaissance" n'appartient évidemment pas à ces catégories. Pourtant, je n'ai pu m'empêcher de penser, à la sortie de la salle, à un film calibré et pensé pour attirer le maximum de public, pas forcément friand de science-fiction au demeurant.

D'abord il faut souligner que le film a mis huit années à se faire, de la production à la finalisation (premières images en 1997 !), et que, sur le plan technique, considérant ce que les auteurs ont souhaité réaliser, les buts sont atteints. On n'oubliera pas ce magnifique plan séquence nous montrant le Paris de 2054 (les urbanistes et architectes vont se régaler), une impressionnante poursuite en voiture et aussi quelques séquences sous une pluie battante renforcant le côté poétique de certaines scènes. Seulement, c'est là que, selon moi, le bât blesse.

Jusqu'ici le cinéma d'animation français (en ce qui concerne les longs métrages du moins) a surtout fonctionné en animation traditionnelle, et peu en numérique. Le pionnier dans ce genre a été  "Kaena" , premier film français en 3D, qui souffrait de problèmes techniques et scénaristiques assez conséquents. Le film ne parvenait jamais à captiver et, visiblement avait souffert de gros problèmes de production, à tel point que les animateurs avaient dû travailler sur des logiciels grands publics remaniés !

Le grand film en 3D restait donc à faire, et ce n'est pas le pénible et toalement raté "Immortel" (mi live, mi 3D) qui allait relever une sauce déjà bien affadie.

Attendu au tournant, le réalisateur Christian Volckman ne démérite pas comme je l'ai souligné plus haut. Quelques grandes firmes apparaissant dans le film en font déjà leurs choux gras. La FNAC expose les photos et la RATP le cite explicitement sur tous ses murs. La presse en est plutôt satisfaite, saluant le courage et la ténacité des auteurs.

Or, que reste-t-il de tout ceci après vision ? Avant tout un choix graphique très discutable. Axer l'imagerie uniquement sur des noirs et blancs plus ou moins contrastés sans aucun dégradé de gris, est au premier abord un peu fatiguant pour l'oeil, et aussi artistiquement vain. Rendre un hommage appuyé au polar n'oblige pas forcément à faire du Black and White et peut apparaître comme un cliché.

Des clichés qui, d'ailleurs se ramassent à la pelle dans le déroulement plutôt convenu d'une histoire linéaire sans originalité (l'enquête sur la disparition d'une jeune scientifique surdouée), osant même ouvrir sur un trauma dont on se serait bien passé. Les personnages subissent une série de dialogues extrêmement plats (avec pourtant l'apport au scénario de talents du polar comme Jean-Bernard Pouy et Patrick Raynal) et des caractères d'une minceur à faire pâlir Kate Moss. Je pense par exemple, au héros Karas, policier noble et beau (c'est pratique pour l'historiette d'amour), ancien truand reconverti, ainsi qu'aux flics de son équipe qui n'ont rien à envier aux pires des blockbusters américains.

S'agissant de la critique d'une corporation dont les publicités jaillissent des toits parisiens façon "Blade Runner" (hommage avoué), on pouvait penser à un film plutôt dénonciateur des méfaits du néolibéralisme  poussé à son paroxysme, or, là dessus, nous avons affaire à une idéologie cahin caha manifestant son dégoût prononcé d'une multinationale de la génétique mais en même temps flattant quelques sponsors en disséminant  les placements publicitaires comme le petit poucet ses cailloux.

Et l'on apprend dans certains magazines, que Volkman, au départ,ne souhaitait pas de produits dans son film avant de finalement céder à cette grande (et triste ) mode. Donc, pour terminer, qu'est ce qui a pu faire de ce projet, sûrement passionnant au demeurant, un film light à l'arrivée ?

La démarche pour chercher des fonds a pris énormément de temps. On peut donc penser que, le noir et blanc n'étant pas très commercial, les auteurs peu connus, et l'utilisation de la 3D assez rare dans nos contrées, le scénario, face aux rencontres successives avec les producteurs, se soit petit à petit délesté de sa complexité pour se rattrapper aux  branches du sacro-saint goût du public, qui d'ailleurs aimerait juste qu'on le consulte de temps en temps avant de choisir à sa place.

Ainsi, bien que "renaissance" se laisse regarder sans déplaisir, nous avons encore, une fois de plus, vu un film, comme on dit, honnête,comme il y en a tant de nos jours. 

Mais quand on travaille pendant huit années sur un projet quel qu'il soit, nous sommes en droit d'espèrer autre chose qu'un joli objet oubliable et vite consommé.

Tiens, pour la peine, je vais retourner voir Pompoko, de l'anime 2D tout ce qu'il y a de plus celluloïde, mais offrant un univers d'une richesse inouïe doublé d'une splendide réflexion sur le devenir de l'homme (et du reste) dans le choix d'une urbanisation à outrance. 

dAVID



Article ajouté le 2006-04-10 , consulté 125 fois

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