CHER HENNING MANKELL
Cher Henning Mankell,
Ecrivain de votre état,
Directeur de la seule troupe théâtrale professionnelle du Mozambique,
Et accessoirement gendre d'Ingmar Bergman,
Je vous écris à la suite d'une représentation de votre pièce "Les antilopes" à laquelle j'ai eu l'honneur d'assister.
Particulièrement impatient de voir enfin une critique du colonialisme par un homme amoureux de l'Afrique au point de travailler gratuitement pour sa troupe, je dois vous avouer que sincèrement je ne m'attendais pas à un tel auto apitoiement sur la condition du pauvre blanc crétin, raciste, dépassé par son incompréhension d'un territoire aussi éloigné de sa conception qu'un martien perdu sur Vénus.
Franchement, mon cher Henning, n'aviez vous pas mieux à faire (pardon à écrire) qu'une sempiternelle leçon à l'égaré et inconscient blanc qui commande les gentils et sauvages noirs ?
Eh oui, l'Afrique n'est pas un endroit pour nous (oui par là, Henning, cette phrase précise que je suis bel et bien blanc tendance blanchâtre), nous ne savons que nous y comporter de manière brutale, car nous n'y comprenons rien à ces gens et à leur pays, mon bon monsieur.
Voyez vous, j'avais oublié à quel point je pouvais moi aussi fantasmer façon conquérant victorien, me rappelant les écrits du créateur de Tarzan, ou ceux de Rudyard Kipling, et me disant en braquant mes yeux effarés sur la télévision diffusant les images du génocide du Rwanda, à quel point je m'éloigne chaque jour de ce romantisme qui me prenait aux tripes lorsqu'adolescent, je regardais plusieurs fois de suite les matte paintings du "Greystoke" avec Christophe Lambert.
Ne vous offusquerez vous pas, cher Henning, si je vous dis que vous ressemblez à ces néo-colonialistes bon teint tels Stephen Smith (journaliste auteur de "négrologie") ou Hubert Sauper (réalisateur du "cauchemar de Darwin") qui surfent tous deux sur la vague, rassurante pour un certain système, de l'afro pessimisme ?
Ne vous agacerez vous pas, cher Henning, si je vous dis qu'il a pu exister de par le passé des blancs tels Joseph Conrad (écrivain auteur d"Au coeur des ténèbres") ou Albert Londres (journaliste auteur de "Terre d'ébène") dénonçant avec férocité et au début du XXème siècle, les méfaits du colonialisme ?
Ne vous crisperez vous pas, cher Henning, si je vous rappelle, car cela tout le monde le sait, que des politiciens tels Mobutu (Ex président décédé du Zaïre), Denis Sassou Nguesso (actuel président du Congo Brazzaville), ou Omar Bongo (président à vie du Gabon) ont pu ou peuvent se comporter comme des hommes d'affaires ultra modernes et totalement corrompus ?
Et enfin, ne sortez pas de vos gonds, cher Henning, si je vous rappelle que des citoyens et hommes politiques africains et occidentaux tentent tant bien que mal de travailler et lutter avec acharnement (et au détriment de leur vie parfois) pour une Afrique moderne, (vraiment) démocratique et sociale.
Alors, franchement, cher Henning, croyez vous que je veuille supporter jusqu'à la fin des temps le trop fameux fardeau de l'homme blanc, opérer une résilience avec mon racisme inconscient et de ce fait laisser tomber un continent, aux mains de grandes compagnies s'enrichissant en pillant celui-ci allègrement pour continuer à gonfler des portefeuilles déjà bien remplis ?
Mais j'oubliais, cher Henning, je n'évoque que le fond de votre pièce, ce sous-texte bien navrant, et j'omets de vous parler d'une mise en scène bien calée, d'acteurs plutôt très bien et d'un décor particulièrement burlesque avec ces plantes tropicales avançant au fur et à mesure.
Ceci dit, je vais maintenant vous laisser vaquer à d'autres occupations et vais m'en aller lire un polar de ma bibliothèque.
Comment ? Ah vous écrivez vous aussi des polars. Et quelqu'un me souffle que vous avez beaucoup de succès et que vous excellez dans le genre.
D'accord. Mais vous me permettrez de vous rétorquer cette vieille rengaine : chat échaudé craint l'eau froide !
Je vous prie d'agréer, cher Henning, mes salutations (peu) distinguées.
dAVID

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