TEKNOPHAGE OU LE TRISTE SORT DE CERTAINS COMICS EN FRANCE

Un triste sort pour ce comics particulièrement réussi et pourtant présenté sous la houlette du grand Neil Gaiman. Triste sort parce qu'une fois sorti dans les librairies spécialisées, il est littéralement passé à la trappe puisque désormais introuvable à moins de se déplacer sur le sol américain ou de le commander (avec frais de port conséquents)sur certains sites US, comme celui-ci :

http://www.milehighcomics.com/

Cette manie ,chez les éditeurs français, de traduire les plus commerciales ou les moins coûteuses des bandes dessinées américaines fait souvent passer le lecteur avide de renouveau (l'héroic fantasy, les histoires de troll et la BD gros nez, c'est bien mais trop c'est trop) à côté de petites perles comme celles ci.

Ainsi qu'est ce donc que cette grosse bestiole que vous regardez intrigués sur la couverture ? Eh bien il s'agit du Teknophage, appelé aussi Henry Phage, une créature extrêmement carnivore issue du fond des âges, qui possède la faculté d'absorber la substance spirituelle de tout ce qu'elle peut dévorer (y compris ses frères et soeurs). En outre, elle eut la chance de pénétrer des multivers et de comprendre la nature intrinsèque de l'alchimie. Désormais il (c'est un mâle) règne sur une planète nommée Kalighoul, où il ravage les villes qu'il rencontre, juché au sommet d'une gigantesque cité roulante, appelée "Wheels of the world", fonctionnant gràçe à l'âme des humains dissous par milliers  dans de gigantesque cuves !

La cité est en outre conçue selon un fonctionnement hiérarchique où Henry Phage règne en maître absolu protégé par son armée, une petite caste de nobles, des employés de bureau, les travailleurs manuels et tout le reste de la population n'ayant d'autre choix que de subir un sort épouvantable (les chaudrons ou le travail aucun n'étant particulièrement enviable).

Comme vous pouvez le constater, il s'agit bien évidemment d'une critique du capitalisme où l'homme d'affaires est directement représenté par un monstrueux carnivore. Cela évite un sous-texte trop explicite !

D'autres idées géniales font corps avec le sujet, notamment cette substance s'apparentant à du café, tenant les employés à fleur de peau, s'affrontant dérisoirement pour le meilleur taux de productivité. Aussi, Rob Nichols, cet humain se retrouvant par la faute d'un trou de ver, dans cet effroyable dimension où ses premières phrases sont : "Mais ça ressemble beaucoup à l'endroit d'où je viens !".

La série se divise en 3 arcs. Le premier, brillamment illustré par le grand Bryan Talbot, aidé par une palette graphique numérique et le non moins grand Angus Mc Kie pour les couleurs, conte l'arrivée de Rob Nichols et reste le meilleur. Le second arc développe un scénario très intéréssant à base de religieux tentant de renverser le déterministe et nihiliste Henry Phage, mais le graphisme est celui d'Al Davison, bon dessinateur mais au trait plus confus, et les couleurs ne sont plus assurées par Mc Kie et apparaissent plus fades. Quant au troisième arc, il marque le retour de Talbot (en plus petite forme, notamment les perspectives) et raconte les débuts de la révolution contre le technocrate le plus sanguinaire de la galaxie.

Il existe aussi un cross over que je n'ai pas lu et les scénaristes de Tekno Comics ont fait intervenir le personnage d'Henry Phage dans d'autres séries de ces éditions.

Bref, il s'agit là d'un petit bijou de cruauté, de cynisme (contrairement à ce que l'on peut penser il n'y a pas de héros) et de délire qui mériterait bien qu'une maison d'édition française s'y intéresse de plus près.

dAVID



Article ajouté le 2006-04-10 , consulté 108 fois

Commentaires



Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " ARTS "

Retour aux articles